Comme vous avez pu le voir sur mes articles sur la danse, j’aime danser, j’aime vibrer au son du rythme et des musiques afro-cubaines.

En 2016, j’avais commencé à découvrir et à m’investir dans la formation par l’expression primitive auprès de France Schott-Billman. Plusieurs événements personnels et professionnels ne m’ont pas permis de continuer à suivre de manière régulière les stages proposés tout au long des années suivantes.

En 2020, je m’étais fixée comme objectif de reprendre la formation de danse-thérapie, mais malheureusement cette année avec la pandémie du covid-19, plusieurs stages de danse-thérapie ont été annulés. Étant disponible pour le stage du mois d’août, j’ai décidé de m’y inscrire.

Alors, je vous emmène avec moi en stage de danse-thérapie par l’expression primitive. C’est un stage qui s’est déroulé du samedi 15 août au jeudi 20 août 2020. Avant d’évoquer en détails ce stage, je vais  vous parler de ce qu’est l’expression primitive.

C’est quoi l’expression primitive ?

rythme du tambour

 En effet, durant ce stage de 5 jours, nous avons été formés et sensibilisés à la technique de l’expression primitive.

A la première lecture, on peut vite s’interroger par le mot « primitif » mais je vous rassure, primitif est un mot qui désigne l’essentiel, le premier, le fondamental. On va aller à la rechercher de  l’essence, des racines. En ce qui concerne l’expression primitive, on va venir chercher la répétition, la symétrie, le symbolisme.

L’Expression Primitive trouve ses racines dans les recherches universitaires et artistiques de Katherine Dunham. Cette afro-américaine, née en 1909 à Chicago, a été chorégraphe, danseuse, universitaire et anthropologue. En 1935-1936, elle se rend aux Antilles pour étudier les danses traditionnelles de la région. Son travail chorégraphique, célèbre dans les années 50 et 60, s’inspire d’ailleurs de ces rituels traditionnels de danse. Elle a tiré de ce voyage dans les Caraïbes, la matière de sa thèse de doctorat « Les Danses d’Haïti ».

Herns Duplan d’origine haïtienne, danseur, chorégraphe, musicien, enseignant dans la compagnie-école de Katherine Dunham, arrive à Paris en 1970. Il introduit sa technique de travail qu’il nomme « Expression Primitive« .  A partir de cet héritage, il a développé une discipline basée sur la saisie de la pulsation.

Herns Duplan désigne par « Expression Primitive« , « une démarche anthropologique conduisant l’individu à une recherche, en soi et à travers le groupe, de sa propre genèse : rencontre du corps avec ses sources, rassemblement des énergies à vivre, déploiement de l’imaginaire, libération des émotions sans passer par les moules contraignants de techniques trop élaborées ».

Il propose un travail de retour aux sources du rythme donnant une place essentielle à la qualité de présence et au travail de la voix accompagnant le geste dans une expression globale, une expression première. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut entendre l’utilisation du mot « Primitif ». Il renvoie à ce qui est « premier » chez l’Homme, ce qui est initiateur. Il ne s’agit pas d’apprendre les danses traditionnelles, mais d’approcher l’essence même de l’individu par des gestes ancestraux universels.

L’Expression Primitive accède à sa dimension thérapeutique et symbolique, à proprement parler, avec la contribution de France Schott-Billmann. Docteure en psychologie, psychanalyste et danse-thérapeute, elle propose une approche anthropo- psychanalytique de l’Expression Primitive en lui donnant un cadre rituel sécurisant. Nous parlons désormais de danse-thérapie par l’Expression Primitive.

L’Expression Primitive est construite à la fois sur les rythmes organiques de la pulsation et du balancement (le premier rappelant le battement du cœur et le second le va-et-vient du souffle) et sur la répétition. Des mouvements simples, des gestes évocateurs d’activités ancestrales ou d’appels aux divinités (symbolisant les pulsions psychiques) sont rythmés par le tambour et soutenus par la voix des danseurs. L’utilisation de la voix se fait par le biais de phonèmes qui accompagnent le mouvement ou la posture.  Ici aussi, tout comme chez Katherine Dunham et Herns Duplan le terme « primitif » renvoie à ce qu’il y a de premier chez l’homme, de plus archaïque au sens de racine commune.

Pour résumer, l’Expression Primitive est une forme de danse accessible et ludique, particulièrement puissante et efficace qui a notre préférence en danse-thérapie parce qu’elle correspond en outre aux préoccupations de nos contemporains : goût du rythme qui pulse, quête d’un essentiel à travers des formes simples, stylisées, fortes et partagées. Cet essentiel, l’Expression Primitive l’expérimente dans la pulsation, parce qu’elle transpose dans le rythme, le battement vital du cœur et du souffle, la pulsation est vivante, elle vit et nous vivifie. Pour en savoir un peu plus, je vous invite également à lire les ouvrages de France Schott-Billman (ils seront notés à la fin de l’article). 

L’organisation du stage

 gite expression primitive

Le stage a eu lieu du samedi 15 aout au jeudi 20 aout 2020.  Nous étions un groupe d’une vingtaine de  femmes et d’hommes, venus de régions et pays  différents (Belgique, Lyon, Ardèche, Loire-Atlantique, Bordeaux, Normandie, Hauts-de-France…).

La plupart avec des parcours et des univers  variés  (psychologues, art-thérapeutes, danseuses, psychomotriciennes, musicien, ……). Le groupe était hébergé au sein de 2 endroits différents, un situé à Vaux-sur-Lunain (77) et l’autre situé à Chevannes (45).

C’était un stage en autogestion où nous devions tous et toutes participer à la vie quotidienne du groupe (préparation des courses, préparation de plats, rangement, service à tables, ménage….).

De ce fait, afin que chaque stagiaire participe, une feuille de route a été créé afin que chaque personne puisse s’inscrire à une tâche à faire : préparation des courses, faire à manger pour le repas du midi, faire le service à table, ranger et nettoyer la vaisselle…..

Bref, chacun(e) nous participions à la logistique et à la bonne gestion quotidienne de la vie dans le groupe. Pour chaque stage, il y a une participation pour la nourriture, chaque personne règle  la somme de 35 euros pour la participation à la nourriture pendant toute la durée du stage, et une personne est responsable de la « cagnotte » durant tout le séjour. L’hébergement est à la charge de chaque participant/e.

Sur le plan alimentaire, les repas confectionnés étaient  sains et  de bonne qualité. Encore une fois, c’était le groupe qui gérait la préparation des repas. Par groupe de 3, il fallait préparer l’entrée, le plat et le dessert.

Cette forme d’autogestion peut être contraignante sur le papier, mais en réalité, elle permet de mieux se connaitre et de créer une véritable cohésion de groupe, ainsi qu’une valorisation auprès des stagiaires qui préparent des plats variés, équilibrés et de très bonne qualité, pour l’ensemble du groupe. Tout le monde apporte sa contribution à la vie du groupe en fonction de ses qualités, ses compétences et savoir-faire.  

Une journée type de stage

une journée type de stage

Avec le recul, je me rends compte qu’aucune journée n’a été la même. Je dirais que nous nous sommes adaptés. Il n’y pas eu de journées types, comme on pourrait le faire lors de journées de formation avec un emploi du temps précis et des horaires fixes.

Le lieu où nous dansions était situé  à un endroit différent des 2 maisons. Il fallait se rendre, tous les jours, sur la   commune de Lorrez-le-bocage-Préaux (77) où nous avions une grande salle municipale pour pouvoir danser, bouger et crier à notre guise.

Toutefois, je tenais à préciser des points repères au cours de la journée :

  • Matin: Chacun(e) se lève à l’heure qu’il le souhaite, le stage commence à 10h jusqu’à 13h avec une pause. On  passe notre matinée à  déconstruire des chansons, à travailler sur le rythme du tambour, à danser, à jouer des rôles, à faire des exercices ludiques…etc.
  • Repas du midi: On a mangé rarement à 12h mais plutôt vers 13h/13h30.
  • Après-midi: Ensuite l’après-midi alternait soit avec de la théorie ou soit avec de la pratique.
  • Repas du soir: En fonction de l’avancée de la journée, nos repas commençaient souvent vers 19h130/20h 
  • Fin de soirée: Puis, pour terminer la journée, nous regardions les vidéos de nos prestations du jour  pour prendre conscience de nos habitudes physiques, de nos postures, la façon d’être en contact avec le mouvement dansé et le rythme du tambour, mais aussi de  prendre conscience de notre corps.  Ce moment était aussi un moment pour échanger sur la journée écoulée, exprimer nos ressentis, tout en étant à l’écoute du groupe et sans jugement et avec bienveillance.

 

Chaque journée s’est passée plus ou moins comme je l’ai décrit précédemment, mais rien n’est figé. Lors de ce stage, nous avons eu l’occasion d’avoir 3 stagiaires qui ont passé une étape de leurs parcours de formation dont 2 stagiaires qui ont qui dû passer l’examen pratique d’animateur d’expression primitive. Ces 2 stagiaires ont animé pendant un temps déterminé, une séance d’expression primitive. Un jury était présent pour les évaluer, France Schott-Billman et Jean-Yves COLLART, un musicothérapeute, formé également à l’expression primitive.

Cette expérience du passage de ces 2 stagiaires m’a bousculé car je me suis demandé si je serai capable d’animer cette technique auprès d’autre publics. Pour le moment, je ne me sens pas capable, je préfère m’investir dans les stages et mieux intégrer le rituel de l’expression primitive.

Une autre stagiaire a passé la soutenance de son mémoire, intitulé « L’expression primitive pour les patients de médecine générale ». Cette stagiaire, médecin de formation, a pu mettre en place des ateliers d’expression primitive auprès du public accueilli. Son retour de terrain et son expérience ont également très enrichissante car on voit le chemin  qu’elle a  parcouru depuis de nombreux années et on constate que l’expression primitive est véritablement un outil thérapeutique.

Il y avait aussi la présence d’un internant extérieur, un musicothérapeute qui nous a beaucoup fait part de son expérience professionnelle auprès du public avec lequel il travaille au quotidien. Il a eu l’occasion de nous apprendre quelques « jeux ludiques » qu’on peut transposer ensuite en fonction du public avec lequel on travaille.

 

Mes ressentis sur le stage

mouvement dansé et liberté

C’est un stage qui m’a profondément bouleversé et bousculé sur beaucoup de points :

Je suis réellement sortie de ma zone de confort. C’était un stage qui m’a bien retournée sur le plan physique, émotionnel et psychique. J’ai mis plusieurs jours à m’en remettre.

J’ai aimé rencontrer de nouvelles personnes qui ne me connaissaient pas, et qui m’ont revalorisée en me faisant des compliments « oh aujourd’hui j’aime bien comment tu es habillée », « Coumba, je trouve que tu es très gentille »….

Recevoir des remarques et des compliments positifs m’a profondément touché, mais surtout de la part de personnes qui ne me connaissent pas au quotidien. Evoluer dans un univers avec des personnes qui ne me connaissent pas, a été libérateur pour moi. J’ai montré ma vraie personne, la vraie Coumba, celle qui est sensible, gentille, douce et souriante.  Je me suis sentie à l’aise dans ce groupe pour échanger, me confier sur des évènements personnels de ma vie. Je n’ai pas eu à jouer un rôle comme on peut le faire au travail ou en famille.

Toutefois, la vie en groupe a eu des limites pour moi. Il y a eu des moments où j’avais envie d’être seule, de pouvoir lire un livre seule, de pouvoir manger seule, mais cela n’a pas pu se faire. Etre constamment en groupe, du matin au soir, c’était beaucoup pour moi. Cette expérience m’a permis de comprendre où étaient mes limites et mes besoins.

Concernant la formation en elle-même, j’ai aimé dansé, rigolé, chanté, m’amuser, un peu comme une enfant. Ce que j’ai  aimé dans les exercices, c’est le lâcher-prise, la créativité qu’on peut imaginer en utilisant la voix et en bougeant son corps, s’amuser comme des enfants, laisser place à son enfant intérieur et  la liberté, être libre dans les propositions qu’on peut faire, tout en respectant un cadre.

C’est aussi d’utiliser la voix, les phonèmes comme moyen d’expression, c’est une vraie libération pour moi, notamment dans des exercices où il faut se lâcher, se libérer. De manière inconsciente, ça me permet de « jeter » le négatif à l’extérieur, d’évacuer toutes les tensions présentes en moi, de manière inconsciente ou non.

Certains exercices notamment celui du serpent ont été très puissants car on tient une place de responsable, de leadeur. On mène le groupe. Et pour moi qui ai des difficultés à m’imposer et à me positionner dans un groupe, endosser ce rôle de leadeur a été profondément intense en terme de ressentis. J’ai aimé être à la tête d’un groupe, même pour quelques instants, il y a une sorte de reconnaissance et de validation par le groupe en répétant les gestes et phonèmes décidés par soi-même.

J’ai aimé les rituels du matin, en saluant les 4  éléments (air, eau, terre, feu). Cela m’a permis de prendre conscience qu’on est en lien avec la terre et les autres éléments. Il y  a une sorte de connexion qui se crée et qui nous relie à ces 4 éléments fondamentaux à notre vie.

D’autres stages de danse-thérapie par l’expression primitive sont prévus au mois d’octobre et au mois de décembre 2020.

Si cet article, vous a plu, je vous invite à ne pas hésiter à le partager et surtout à venir assister  aux cours hebdomadaires du jeudi soir pour venir danser et  vibrer au rythme de l’énergie du tambour. Voici le site internet de l’Atelier du Geste Rythmé où vous trouverez toutes les informations pour venir faire un cours d’essai : https://www.drlst.fr.

 

sororité féminine

Sources
  • Les livres de France  Schott-Billman : La thérapie par la danse rythmé (2020) / Le féminin et l’amour de l’autre (2006) / Le besoin de danser (2001) / Quand la danse guérit (1994) / Possession, dans et thérapie (1985)
  • Le site internet de l’Expression Primitive : https://www.drlst.fr